Il pleure. Il rit. Il craint la chaleur humaine puisqu'il ne la connaît pas. On méprise ce que l'on ne connaît pas... paraît-il ! Il tremble, sans comprendre, et l'on s'accoutume vite au froid quand on est éthéré.
- On a mal, se dit-il insensiblement.
Pourquoi « on » ? Osiez-vous croire que l'on pût se sentir encore quelque individualité ? Osiez-vous croire que l'on pût dire « je » lorsque les tourments dansent et ricanent à vous faire périr ? La solitude est une agonie. Le corps, charogne désolée, ne commande plus rien...et subit.
La raison elle-même n'a plus sa raison d'être. Les passions (en eut-il encore) ne sont que de viles impulsions, une envie de néant insondable et gloutonne. Il - toujours anonyme - fait parler de lui. Mais n'allez pas lui dire, vous l'assassineriez !
Tendez l'oreille. Ne l'entendez-vous pas s'échanger des secrets avec le silence, son éternel complice ? Pourtant ces secrets il les crie, il les hurle. Il ne livre pas de banalités, sinon il aurait chuchoté.
J'ai longtemps entendu ses plaintes et les ai trop niées. J'ai compris bien tard que la délivrance pouvait être des deux côtés - égoïsme impardonnable, insouciance fatale. Et quand j'ai voulu vraiment penser à lui, à tous ces désenchantés, peuplade inaccessible, il n'était plus temps. L'oubli me l'avait arraché.
Révélation ? Penser, c'est exister...jusqu'à que je comprenne que c'était aussi faire exister.